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        Pr Eric DELAPORTE

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        Bernard TAVERNE

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Anthropologie de la réponse à l’épidémie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest

Depuis juillet 2014, une part de l’équipe 4 s’est investie dans plusieurs activités de recherche en lien avec l’épidémie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest. Les activités ont débuté au Sénégal, dés le mois de mai 2014. Le diagnostic du premier cas de Maladie à Virus Ebola (MVE), qui a placé le Sénégal en situation épidémique le 29 août 2014, s’est traduit par une intensification et une diversification des activités de formation, de recherche et d’accompagnement du dispositif national de riposte, dans une perspective initiale d’anthropologie appliquée et impliquée dans le dispositif de riposte, qui alimentera une réflexion anthropologique plus théorique dans un deuxième temps.

Au Sénégal, la thématique a été initialement abordée dans la perspective d’une analyse de la préparation des pays en situation « pré-épidémique ». En effet, d’un point de vue de santé publique, les pays périphériques par rapport à l’épicentre doivent d’abord mettre en place des plans de riposte, pour dépister les cas et être « préparés » à les gérer. Dans cette situation l’impact des représentations du risque dans le corps social, et la capacité d’anticipation et de mobilisation des acteurs, sont majeurs.

En situation de risque épidémique, les questions clé en sciences sociales, importantes pour l’orientation des stratégies de santé publique, portent sur les thèmes suivants : interprétations sociales du risque, mobilisations institutionnelles, production sociale de la confiance, émergence de rumeurs notamment à propos de la dissimulation de cas par les autorités ou d’expérimentations au travers des vaccinations, dynamiques des populations les plus exposées, logiques des traitements médiatiques de l’information, logiques locales d’interprétations des informations scientifiques globales, facteurs limitants de la « preparedness » (concept de santé publique appliqué aux systèmes de santé), logiques de production d’outils d’information et communication par/pour divers acteurs et catégories de population, dimensions sociales des « alertes » autour de cas suspects, pratiques profanes de protection et leurs effets sociaux, analyse des choix stratégiques concernant l’équipement de centres de traitement ou d’espaces d’isolement, adaptation des messages d’information à l’évolution épidémiologique et aux problématiques locales, étude des réactions des populations vis-à-vis des mesures et équipements installés, conditions socio-politiques du « triage » aux frontières et enjeux nationaux et internationaux des entraves à la mobilité...

A partir de cette réflexion a été mis en place le programme de recherche « Epidémie d’Ebola et production sociale de la confiance au Sénégal – EBSEN » coordonné par A. Desclaux & K. Sow (2014-2015). Il analyse les déterminants de la confiance accordée au dispositif de réponse à l’épidémie par les acteurs de première ligne : professionnels de santé, agents à l’interface avec les populations, malade(s), « cas suspects » et « contacts ». L’étude repose sur un recueil de données dès la phase pré-épidémique, pendant la flambée provoquée par le premier cas (29 août-17 octobre 2014), et en phase de risque épidémique. En analysant la circulation de l’information dans les medias, les perceptions et attitudes des acteurs face aux bouleversements créés par l’épidémie, l’acceptabilité des mesures de lutte et leurs effets sociaux, le projet vise à comprendre les éléments qui ont permis la gestion efficace de cette flambée et à tirer des indications qui peuvent être généralisées et appliquées dans les pays voisins. A un niveau plus théorique, il vise à comprendre dans quelle mesure la construction de la confiance (ou de la défiance) relève des décisions de santé publique ou d’autres déterminants contextuels ou structurels.

Ce programme a suscité la création de deux programmes développé par des collègues d’autres unités de recherche de l’IRD et partenaires Béninois et Ivoiriens : « Construction sociale des rumeurs, discours et pratiques relatives à la maladie à virus Ebola et aux mesures préventives au Bénin (EBBEN) et en Côte d’Ivoire (EBOCI) » porté respectivement par M. Egrot (UMR 224 MIVEGEC) & R. Houngnihin (Univ. Calavi) pour le Bénin et F. Akindes (Univ. Outtara) & M. Egrot (UMR 224 MIVEGEC) pour la Côte d’Ivoire (2015).

Dans le même temps, l’équipe a initié en septembre 2014 la création du Réseau Ouest Africain SHS Ebola ( http://shsebola.hypotheses.org/). Ce réseau s’est étendu aux pays en situation de risque épidémique pour développer l’analyse des effets sociaux de l’épidémie, de la menace, et des dispositifs de riposte, dans les pays voisins de l’épicentre. Pour les chercheurs, qui travaillent dans le cadre d’universités et instituts de recherche nationaux et internationaux, le réseau a comme objectifs le partage d’information, la mutualisation d’outils méthodologiques et de questions de recherche sur divers aspects de l’épidémie (dimension genrée, acceptabilité du confinement des cas contacts, impact de la fermeture des frontières, rumeurs, mesures ciblant les enfants, dimensions sociopolitiques, circulations sous-régionales face au traitement, etc.), la production d’analyses comparatives et la coordination pour la valorisation des résultats. En février 2015, le réseau réunit soixante chercheurs en sciences sociales (principalement anthropologues, sociologues et géographes) et étudiants, situés dans 9 pays. La coordination est assurée par l’UMI 233 de l’IRD (B. Taverne) avec l’appui institutionnel de l’ANRS (Agence nationale française de recherche sur le sida et les hépatites virales) et de l’IMMI (Institut de Microbiologie et de Maladies Infectieuses) et de l’Initiative 5% Fonds Mondial.

Au cours du premier trimestre 2015, le début du recul de l’épidémie dans les pays épicentriques a conduit à l’émergence de nouvelles interrogations sur le devenir des personnes guéries. En effet, si les études portant sur les précédentes épidémies d’Ebola en Afrique centrale et plus récemment en Afrique de l'Ouest ont largement décrit les manifestations cliniques observées au cours de la phase aiguë de la maladie, très peu de données biomédicales et socio-anthropologiques sont disponibles sur les personnes guéries. Ainsi, il manque des données solides sur l’évolution immuno-virologique à long terme et sur les facteurs génétiques pouvant expliquer les différentes formes d’évolution de la maladie. De même, les conséquences sociales et psychologiques d'un tel traumatisme (stress aiguë post-infectieux, rejet familial, discrimination et difficultés de réinsertion professionnelle, etc.) doivent être évaluées alors que le nombre de personnes guéries est en augmentation.

Depuis janvier 2015, l’équipe 4 est impliquée dans le programme de recherche« POSTEBOGUI »(Re)Vivre après Ebola : Evaluation et accompagnement des patients déclarés guéris d'une infection par le virus Ebola en Guinée, coordonné par E. Delaporte (INSERM 1175/IRD UMI 233) et M. Barry (SMIT, Conakry). Ce programme pluridisciplinaire à pour objectif principal d’étudier les conséquences cliniques, immuno-virologiques, psychologiques et sociales de la MVE sur une durée de 12 mois après la sortie d’un Centre de Traitement Ebola, à travers le suivi prospectif d’une cohorte d’environ 400 personnes déclarées « guéries » de MVE à Conakry et Macenta afin de définir les modalités et le contenu du suivi médico-psycho-social qui est nécessaire en « post-Ebola ». La partie Sciences sociales explorera plus particulièrement quatre thèmes : l’expérience individuelle et collective (adultes et enfants) de la maladie et de la guérison, les difficultés spécifiques rencontrées par les professionnels de santé, l’expérience des personnes contacts dans les familles, et la contribution des personnes guéries dans les dispositifs de lutte contre l’épidémie, en contextualisant ces questions dans le système de santé guinéen. Durée de l’étude : mars 2015-septembre 2017.

La mise en place de cette étude est ainsi importante pour mieux comprendre les conséquences à moyen et long terme de la maladie à virus Ebola, et répond également à une urgence de santé publique en permettant la mise en place d’un véritable continuum des soins et de l’appui psychosocial après la phase aiguë d’hospitalisation en centre d’isolement, ainsi qu’un renforcement des capacités et des infrastructures au niveau des sites participants à l’étude. A ce niveau également, les questions de spécificité des besoins en fonction des situations sociales, d’émergence d’une dynamique sociale voire identitaire parmi les survivants, et d’équité dans l’accès aux soins, telles qu’évoquées précédemment (cf. § ii) seront essentielles.

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L’investissement de l’équipe 4 dans le domaine de la Maladie à Virus Ebola au Sénégal s’est réalisé évidemment en dehors de toute planification préalable ; il s’est constitué dans l’urgence d’une réponse à apporter à une situation de crise majeure, à travers une sollicitation immédiate des partenaires sénégalais avec lesquels l’équipe travaille depuis une vingtaine d’années.

Il est rapidement apparu que les acquis de vingt ans recherche sur l’épidémie de sida peuvent être utiles pour comprendre comment s’organisent les réponses individuelles et collectives face à la MVE, à la condition qu’ils soient discutés ou testés sur le terrain avant d’être extrapolés.

Les trois domaines de recherches et le projet transdisciplinaire pédiatrique concernant le VIH d’une part, et les travaux actuels sur l’épidémie à Ebola d’autre part, s’avèrent finalement étroitement articulés entre eux, et permettront d’élargir la réflexion tant dans une perspective appliquée à la santé publique que théorique en anthropologie.

Ces thèmes permettront de mettre au jour, au moyen de travaux ethnographiques fouillés, des formes sociales particulières dans les sociétés d’Afrique de l’Ouest et d’Asie de l’Est et du Sud-Est, et, grâce à des échanges transversaux dans l’équipe, d’analyser leur impact sur l’implémentation des politiques de santé globales (résistances, adaptations, effets sociaux). La possibilité de conduire des analyses comparées, au coeur de la démarche anthropologique, sera privilégiée car elle peut permettre de mieux comprendre l’impact des politiques publiques globales et aussi les échanges à ce sujet entre groupes de pays, en développement, émergents/émergés et développés. Les comparaisons entre régions facilitent la compréhension fine à partir d’études ethnographiques approfondies de la mise en œuvre des politiques et aussi la réponse des divers acteurs locaux/nationaux. Une telle démarche peut contribuer à porter les propositions de ce pays quand les politiques globales sont peu adaptées ou quand leurs effets pervers infirment ou réduisent leur efficacité.